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mardi 13 janvier 2009

La boule de neige


«Life is like a snowball. The important thing is finding wet snow and a really long hill.»

(La vie est comme une boule de neige. La chose importante est de trouver de la neige mouillée et une colline assez longue.)

-- WARREN BUFFETT

L'auteur de The Snowball -- Warren Buffett and the Business of Life, Alice Schroeder, n'aurait pas pu trouver meilleure citation pour coiffer l'endos de la jaquette de la plus récente biographie (la seule autorisée) du plus grand investisseur de l'ère moderne.

On croirait entendre Forrest Gump, se souvenant de sa mère quand elle lui disait: «Life is like a box of chocolate. You never know what you're gonna get». (La vie est comme une boîte de chocolat. Vous ne savez jamais à quoi vous attendre.)

Parlez-en aux milliers de ses admirateurs qui se réunissent à tous les ans, à Omaha, pour le «Woodstock des capitalistes», l'assemblée annuelle de Berkshire Hathaway: Warren Buffett est comme ça, imprévisible. Il peut aussi bien citer Woody Allen, May West, Yogi Berra ou Wayne Gretzky que son mentor, le légendaire Benjamin Graham, pour illustrer un point et le rendre compréhensible au commun des mortels.

C'est pourtant un homme plus grand que nature. Sa fortune -- que le magazine Forbes classait au premier rang en mars 2008 -- dépasse l'entendement à plus de 60 milliards $US. Bien sûr, l'action de catégorie A (BRK.a) du conglomérat qu'il dirige valait alors environ 140,000$! La correction extrêmement brutale des marchés boursiers a depuis ramené le titre à un peu plus de 95,000$, ce qui donnerait tout de même présentement à M. Buffett un respectable magot de 40 milliards $ sur papier.

À titre de comparaison, l'actif de la Caisse de dépôt et de placement du Québec, le «bas de laine des Québécois», totalisait 155,4 milliards dollars CANADIENS au 31 décembre 2007. Si la Caisse a perdu 20% en 2008 comme plusieurs le pensent, son actif voisinerait aujourd'hui 130 milliards, un peu plus de trois fois la fortune estimée de M. Buffett. C'est bien, mais nous sommes plus de 7.5 millions à nous partager cette somme!

Un homme fascinant

Je vous suggère fortement la lecture de The Snowball pour mieux comprendre cet homme fascinant. J'ai appris des choses surprenantes sur son enfance (il a eu sa période de délinquance à l'adolescence!), sur sa relation très particulière avec sa défunte femme (dont il vivait séparé mais qu'il a considéré comme son unique épouse jusqu'à la fin), sur ses goûts et habitudes de vie (d'une grande simplicité), sur ses amitiés et son partenaire l'ineffable Charlie Munger ainsi que sur ses succès et ses échecs (il en a eus).

À mon avis, tout investisseur tirera des enseignements utiles de la lecture de ce livre de plus de 900 pages, incluant les notes. Ne serait-ce que pour se faire une idée de l'intensité incroyable, de l'ardeur au travail et de l'intégrité aussi qui a animé «l'Oracle d'Omaha» tout au long de sa vie.

Le bouquin est superbement écrit et a fait l'objet d'une recherche exhaustive. Mme Schroeder a passé des centaines d'heures, des journées complètes avec M. Buffett. Elle a parcouru des milliers de kilomètres pour rencontrer ses amis, sa parenté, ses relations d'affaires, ses copains de classe... Et pas question de complaisance: si leur témoignage différait du sien, M. Buffett a insisté pour qu'elle s'en tienne à la version la moins flatteuse pour lui. Ce ne sont pas tous les hommes publics qui agiraient de la sorte.

J'ai lu d'autres livres sur cet homme remarquable: Buffettology, de son ex-belle-fille Mary Buffett, How to Pick Stocks Like Warren Buffett, de Timothy Vick, et The Warren Buffett Way, de Robert G. Hagstrom Jr. Tous sont très bons, et j'en recommande également la lecture, mais je préfère de loin de The Snowball.

Si vous ne voulez pas débourser le prix d'achat du livre, demandez à votre bibliothèque de se le procurer. Ça vaut vraiment la peine.

Bonne lecture!



mercredi 7 janvier 2009

Y en aura pas de facile!


Malgré les déboires vécus en 2008 et la morosité qui s'est ensuite répandue aux quatre coins de la planète, les indices boursiers semblent vouloir effectuer une timide remontée en ce début de nouvelle année.


J'utilise le terme «timide» parce qu'il est encore bien trop tôt pour parler de tendance solide, si bien sûr une telle chose existe (ce dont je doute). Nous avons connu quelques séances positives, mais les prochains mois seront semés d'embûches, de sorte qu'il serait bien futile pour un amateur de prédire où nous en serons fin décembre. Il suffit de jeter un coup d'oeil sur Yahoo! Finance au moment où j'écris ces lignes pour se convaincre qu'«il n'y en aura vraiment pas de facile» (dixit «Piton» Ruel, l'ineffable entraîneur du Canadien de Montréal des années 1970). À New York, le Dow Jones est présentement en baisse de 176 points (-1.95%), à Toronto le S&P/TSX échappe 292 points (-3%).

Que se passe-t-il donc ce matin pour mettre en péril le très espéré «January Effect», ce mouvement haussier souvent observé à l'ouverture de l'année à Wall Street?

D'autres mauvaises nouvelles, simplement. Cette fois-ci, c'est Alcoa qui annonce 13 500 mises à pied dans ses usines à travers le monde, de manière à réduire sa production et préserver ses liquidités. Et comme une tuile ne tombe jamais seule, le géant des microprocesseurs, Intel, donne la frousse à tout le monde en avertissant que ses revenus pour le quatrième trimestre reculeront de 23% par rapport à l'année précédente, à 8,2 milliards$.

Dans un tel contexte, que faire? À chacun sa solution, selon moi, mais surtout, pas de panique! La volatilité extrême des marchés ne fait, à mon avis, que nous rappeler notre impuissance face au comportement boursier. «In the short run, the market is a voting machine but in the long run it is a weighing machine», aimait à dire le père de l'analyse fondamentale, Benjamin Graham. Pour l'instant, il faut bien en convenir, les opinions sont plutôt négatives en ce qui concerne l'économie mondiale et le marché reflète cette vision des choses. Mais, à long terme, les perspectives des compagnies solides, offrant des services ou des produits de qualité, restent inchangées sinon meilleures.

Prenons l'exemple de Google, la compagnie hôte de ce blogue. Bien qu'il s'agisse d'une entreprise relativement jeune, c'est déjà un géant mondial dont la fortune repose sur un moteur de recherche web incomparable. À 322$ et quelques poussières, GOOG est bien loin de son sommet de presque 750$ touché à l'automne 2007. Les investisseurs évaluaient alors la compagnie à près de 60 fois son bénéfice net des quatre trimestres précédents. L'optimisme était à son comble, la crise immobilière en était au début aux États-Unis, nous venions de passer la crise du crédit mais la crise financière de l'année 2008 était encore loin...

Aujourd'hui, bear market aidant, l'évaluation de Google est beaucoup plus raisonnable, à 20 fois les profits. Et si on regarde un an avant, les perspectives de croissance restent bonnes, les analystes estimant, en moyenne, que la compagnie pourrait dégager un peu plus de 21$ par action (en hausse de 10%), pour un ratio cours/bénéfice (C/B) anticipé de 15.

Quinze fois les profits anticipés pour une action dont le C/B est de 15, c'est une prime généreuse, pourrait-on dire. C'est vrai, mais il faut considérer l'entreprise sous-jacente. Google a une feuille de route impressionnante et occupe sur le web une position dominante que la concurrence aura bien du mal à lui ravir.

Les données financières nous donnent une idée de la force de ce géant: marge de profit de 24%, retour sur l'avoir des actions de 20.8%, 14,4 milliards de liquidités sans dette, fonds autogénérés libres (free cash flow) de 2,1 milliards sur une base annuelle. Google investit entre 10 et 13% de ses revenus en R&D, ce pourcentage ayant tendance à augmenter avec le temps. En 2007, c'était plus de 2 G$; pour 2008 le montant approchera les 2,8 G$. C'est vraiment exceptionnel et constitue en soit une barrière à l'entrée, une «douve» («moat» en anglais) protégeant le modèle d'affaire de GOOG contre les attaques extérieures.

Comprenons-nous bien ici: je n'ai pas l'intention de vous convaincre de devenir actionnaire de Google. Cette décision vous appartient, je ne saurais trop insister sur ce point, d'autant plus que GOOG ne verse pas de dividende et qu'en conséquence, ce titre s'éloigne quelque peu de la stratégie que je voudrais mettre de l'avant. Mon intention est plutôt de tenter de vous convaincre que, peu importe le «bruit et la fureur» qui font bondir Wall Street comme une balle de yo-yo, la vie continue; vous et moi continuerons de nous nourrir, nous vêtir, nous chauffer, nous distraire, nous déplacer, nous informer quoi qu'il advienne. Bref, tôt ou tard les perspectives à court terme redeviendront meilleures, ce qui devrait profiter aux entreprises supérieures, fondées sur des modèles robustes et qui auront survécu. Il y a fort à parier que Google est de cette trempe, ne pensez-vous pas?